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Il y a 10 ans tout juste, je partais avec Jonathan et Matthieu pour quelques mois à vélo, en direction de Cotonou au Bénin. 10 ans, c’est l’occasion de faire un bilan sur ce moment très particulier. Je me suis dit également (nostalgie mortifère ?) que c’était l’occasion de republier sur un blog tous les articles que nous publiions sur le site internet que nous avions créé pour l’occasion. Si ça vous amuse, c’est donc ici que ça se passe : http://peripecyclesplus10.wordpress.com/

Nous étions jeunes (et cons). Je suis (un peu) plus vieux et peut-être (un peu) moins con. Je ne peux parler pour Jonathan et Matthieu : on s’est tellement engueulé qu’on s’est séparé à Bamako et qu’on ne s’est jamais reparlé depuis. Je ne sais pas ce qu’ils sont devenus et je n’ai jamais retrouvé leur trace. Matthieu m’avait bien envoyé un mail deux ou trois ans après mais je suis incapable de remettre la main dessus. Cet article et ce blog qui republie ce que nous avions écrit, c’est aussi un peu une bouteille à la mer : 10 ans après, nous sommes toujours cons, mais différemment, et ça me ferait plaisir de les retrouver.


Matt’, Jo, votre serviteur

J’ai commencé par LE truc qui a foiré. C’était le seul. Et finalement, avec les années, je pense que j’ai su transformer cet échec pour en sortir (un peu) moins con. Et justement, ce billet, c’est surtout pour vous inviter à partir vous aussi, voir ailleurs si vous y êtes.

Nous autres Européens sommes d’immenses privilégiés. Nous pouvons aller à peu près partout dans le monde sans être emmerdés, nous avons les moyens de rassembler suffisamment d’argent en un laps de temps relativement court pour tout larguer et partir sans se préoccuper de savoir qui va nourrir notre famille pendant ce temps. C’est injuste. 6 milliards de semblables adoreraient avoir cette possibilité.

Partir en voyage au long cours, c’est s’offrir ce luxe immense de prendre le temps. Ce luxe, vous ne pouvez sans doute pas le mesurer avant de l’avoir expérimenté. Prendre 10 minutes le matin pour tout boucler dans un sac et partir. Sans savoir si vous allez faire 5, 10, 50 ou 100 km avant de rencontrer le lieu ou les gens qui vont vous donner envie de dormir là ce soir. Sans savoir si vous allez atteindre Dakar dans une semaine ou un mois. Sans savoir si finalement, vous passerez bien par Dakar parce que vous aurez rencontré entre temps une bonne raison de ne pas y passer.

Partir en voyage au long cours, c’est s’offrir ce luxe immense d’être enfin soi-même. Vous rencontrez chaque jour des gens pour qui vous êtes un parfait inconnu. Ils n’attendent rien de vous. Vous n’avez pas à jouer un jeu, à vous conforter à ce qu’on attend de vous. Et se révéler tel que l’on est vraiment, ce n’est pas toujours très glorieux mais ça permet justement de devenir (un peu) moins con.

Il existe des milliers de façon d’aller voir ailleurs si on y est. Nous avions par exemple envie qu’on parle de nous, on avait notre blog, on avait envie de trouver une excuse éthique pour prendre 8 mois de vacances alors on s’est dit qu’on allait faire découvrir au monde entier ce que c’était que le développement durable (parce qu’à l’époque, ce n’était pas un terme totalement galvaudé et qu’on y croyait) et on avait un planning de rencontres prévues avec donc, obligatoirement, un itinéraire et un calendrier plus ou moins imposés. On avait quand même refusé les sponsors.

Voyager au long cours, c’est rester attaché à la terre. Quand vous arrivez à Nouadhibou en roulant, en ayant vu progressivement changer le paysage, le climat, les hommes, tout doucement, vous êtes toujours sur la même planète. Rien à voir avec un transfert en avion. Voyager au long cours, c’est rencontrer d’autres cons que vous, des phénomènes, des anonymes, des jeunes et des vieux. C’est prendre le temps de vivre la vie quotidienne d’une part d’humanité. C’est expérimenter au plus profond de soi l’absurdité des frontières, de l’idée de races. C’est se sentir profondément petit grain de sable au milieu de la Nature. Petit. Mais grain de sable quand même.

Voyager au long cours, même à vélo, c’est accessible à tout le monde. Bien sûr, le premier mois, nous avons galéré. Nous avons eu froid, nous étions fatigués, nous ne savions pas où planter la tente, nous avons heurté, nous avons transporté des trucs inutiles … Et puis, très vite, nos corps se sont habitués, nous avons appris à repérer les bons endroits pour bivouaquer, pour prendre contact. Nous avons trouvé notre rythme pour rouler.

J’ai aussi appris que le plus compliqué dans l’histoire, c’est uniquement de prendre la décision. C’est d’accepter de se jeter dans le vide, de barrer d’un trait plusieurs mois dans son agenda. C’est de prendre le temps de se dépouiller, d’accepter d’abandonner ses habitudes. Le jour du départ, finalement, le plus dur est fait. Ensuite, ce n’est plus que du bonheur.

Les emmerdes, ça arrive, c’est vrai. Mais comme le disent les militants brésiliens du mouvement des Sans Terre : « À la fin tout s’arrange. Si ça ne s’arrange pas, c’est que ce n’est pas la fin »

Bref, vous aussi, partez donc voir ailleurs si vous n’y êtes pas. Quant à moi, vous comprenez que j’ai des fourmis dans les jambes et qu’il se pourrait bien que d’ici quelques mois, mon mandat de conseiller municipal terminé, je reprenne ma cubilette Lachésis qui m’attend sagement dans un coin, rêvant de grands espaces.

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2 réflexions sur “Allez voir ailleurs si vous y êtes

  1. Bonjour François,
    J’ignorais cette partie de ton histoire ! En tout cas bravo pour ce texte et les liens vidéo + la photo, qui font voyager aussi ceux comme moi qui ne peuvent pas… super donc, merci !

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