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J’ai appris que je voulais tourner le dos à la politique. Si, si, c’était devenu l’info du jour sur une radio locale. Moi, tourner le dos à la politique ? Non mais vous m’avez bien regardé ? Et puis, d’abord, la politique est partout, on ne peut pas lui tourner le dos, elle est toujours face à nous. Ce qui est vrai, c’est que je ne serai pas candidat lors des prochaines élections municipales. Fort heureusement, on peut faire de la politique sans être candidat.

Et justement, si je ne souhaite plus être conseiller municipal, c’est pour pouvoir mieux faire de la politique.

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Quand on est conseiller municipal, si on veut faire un tant soit peu correctement son travail, on y passe beaucoup de temps. Être constamment la tête dans le guidon n’aide pas à prendre du recul, ne laisse pas la possibilité de faire le pas de côté qui vous permet de réfléchir sereinement. Quand vous êtes conseiller municipal, vous êtes pris par la dictature de l’immédiat, vous êtes contraint de réagir sans délai à n’importe quel dossier, même si c’est un thème dont, à la base, vous ignorez tout. C’est une démarche profondément écologiste que de vouloir ralentir. Je me demande d’ailleurs dans quelle mesure on peut concilier idéaux écologistes et participation, pourtant indispensable, aux enjeux politiques, lesquels imposent d’être sans cesse à toutes les réunions aux quatre coins de votre circonscription.

Pontarlier 8

Évidemment, selon certaines logiques, il est totalement inconcevable que je ne me représente pas. Pour certains, s’engager en politique, c’est forcément vouloir du pouvoir pour soi, c’est forcément vouloir utiliser les élections municipales comme tremplin pour les élections régionales (et il faut voir là une des explications aux difficultés que nous avons à dialoguer avec nos partenaires de gauche). Il semble compliqué d’envisager qu’on puisse ne pas avoir d’ambition personnelle. C’est pourtant mon cas et c’est logiquement le cas de nombreux écologistes. Il en faut pourtant de l’ambition pour résister et être efficace dans le milieu politique. Je pense très sincèrement que les écologistes manquent d’ambitieux mais c’est un autre sujet.

Claire Rousseau

Claire Rousseau

Je considère que j’ai fait ma part de boulot avec mon mandat de conseiller municipal. Il se trouve par ailleurs que nous avons désormais des militants locaux très compétents et prêts à faire, à leur tour, leur part du boulot. Je pense bien entendu à Claire Rousseau. Nous prônons le renouvellement, nous ne cessons d’affirmer que la gauche dans le Haut-Doubs n’a personne pour la tirer vers le haut. Il serait malvenu de notre part de vouloir représenter les mêmes têtes. Il se trouve enfin que permettre à de nouveaux militants de faire l’expérience d’un mandat municipal, c’est permettre la formation interne, c’est se préparer au mieux pour la suite. Lors des prochaines échéances électorales, nous serons plus nombreux, mieux préparés, collectivement plus compétents. Car oui, bien entendu, ce n’est pas parce que je ne me présente pas cette fois-ci que je ne serai plus jamais candidat.

Je me posais bien entendu depuis bien longtemps la question de ma candidature. C’est sans doute au cours de l’été que ma décision est devenue irrévocable. Plusieurs événements m’ont conforté dans ce choix, même si aucun n’a été décisif, même si j’aurais sans doute pris la même décision sans eux.

L’affaire du foyer des enfants de Milot : en allant en Haïti, j’en ai profité pour faire mon boulot de conseiller municipal, qui plus est sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur, celui de la solidarité internationale. Ce que j’ai vu sur place démontre que le suivi par les élus de la CCL a été plus que léger. J’ai agi pour améliorer la situation, j’ai agi en refusant d’en faire un outil de propagande, j’ai refusé d’utiliser cela contre la majorité municipale. Mais plutôt que de reconnaître qu’il y avait eu des manques, malgré les preuves, Patrick Genre a préféré m’accuser de « récupération politicienne ». Ainsi donc, dans l’esprit du maire, il est intolérable de pouvoir reconnaître qu’un élu d’un bord opposé puisse avoir raison, il est préférable de tenter de le décrédibiliser dans la presse, de nier l’évidence. Et c’est moi qu’on a accusé de récupération politicienne. (cf. mon billet précédent)

La neige industrielle du Mont d’Or : c’est là un vrai échec personnel. Je ne pense pas que nous aurions pu empêcher ce projet, tellement l’écologie est hélas encore intellectuellement minoritaire, tellement le parti socialiste reste profondément attaché à des modèles de développement des années 80, tellement il fallait faire plaisir à une micro-communauté économique. Mais quoi qu’il en soit, nous n’avons jamais réussi à mobiliser, et aujourd’hui qu’il est trop tard, nous recevons des critiques pour ne pas en avoir assez fait. On me demande pourquoi nous ne nous réveillons que maintenant. C’est évidemment faux, nous avons commencé à organiser des manifs sur place dès 2006, nous avons participé à l’enquête publique, nous avons écrit, communiqué… Qu’est-ce qui a loupé ? Pourquoi une telle ineptie, une telle gabegie, a-t-elle pu se concrétiser dans l’indifférence générale ? J’ai besoin de trouver des réponses à cette question.

Le débat sur le mariage pour tous : Quand on milite depuis son adolescence pour un monde plus équitable, plus juste, plus respectueux des êtres humains et de leur environnement, pour un monde où la seule valeur n’est pas l’argent, pour un monde où tout n’est pas une marchandise, j’aurais pu me réjouir de voir un certain nombre de jeunes (et de moins jeunes) s’emparer de ces sujets pour ouvrir soudainement les yeux sur le monde, et s’engager en politique. Mais là où nous ne sommes qu’une poignée de militants, voilà que, bien plus nombreux, certains se levaient en se mobilisant CONTRE d’autres. Voilà des gens qui prétendent lutter contre la marchandisation de l’humain mais qui étrangement, n’ont jamais paru perturbé par la catastrophe du Rana Plaza à Dacca en plein milieu de leurs manifestations (plus de 1100 morts pour satisfaire nos petits besoins en fringues pas cher, je pense qu’on peut parler du stade ultime de la marchandisation de l’humain) ou dont on attend toujours une position sur le nucléaire. Vous essayez de mobiliser, d’alerter, de faire réagir, sans vrai succès pendant 20 ans, et tout d’un coup, des milliers de jeunes nantis (en tant que Français, nous sommes TOUS des nantis) se mobilisent pour un sujet de société qui ne changeait rien à leur vie. C’est une nouvelle énigme et une claque pour le militant que je suis.

J’ai donc envie de prendre du temps pour réfléchir à notre efficacité politique, pour l’améliorer.

Comment se fait-il que nous, écologistes, ne soyons toujours pas majoritaires ? Comment se fait-il qu’il se trouve encore même des conseillers municipaux de Pontarlier pour nier les changements climatiques ?

I don't believe in global warming

Je n’ai pas commencé la politique en 2008. En plus de mon mandat de conseiller municipal, il y a eu les procès pour fauchage d’OGM et pour refus de fichage ADN, il y a eu toutes les campagnes électorales depuis 1995. Mon investissement en politique m’a valu 2000 € d’amende, 2 mois de prison avec sursis, suite aux municipales j’ai perdu mon emploi et j’ai donc désormais dû faire un trait sur une éventuelle carrière professionnelle à la hauteur de mes formations… Je ne regrette rien, personne ne m’a jamais forcé, j’ai rencontré des gens formidables, j’ai pris part à des combats dont je suis très fier et j’en ai même gagné certains. S’il fallait recommencer, je recommencerais bien sûr.

Un combat ne se gagne jamais seul. Mon procès pour refus de fichage ADN n'était pas le mien, mais celui de tous les militants. Je n'ai été que le prête-nom d'un combat mené collectivement par les copains des Verts, de la Confédération Paysanne et d'autres.

Un combat ne se gagne jamais seul. Mon procès pour refus de fichage ADN n’était pas le mien, mais celui de tous les militants. C’étaient tous les militants des Verts, de la Confédération Paysanne et d’autres qui étaient jugés ce jour-là.

J’ai un peu de mal à comprendre comment l’info de ma non-candidature a pu prendre une telle importance, quand dans le même temps, des militants écologistes pour qui j’ai une immense admiration, sont sur le terrain, ont obtenu énormément plus de résultats que moi, mais sont dans l’anonymat total. Si les écologistes qui se battent aujourd’hui pour sauver les rivières comtoises, si les paysans qui font la promotion d’une agriculture respectueuse des sols, des travailleurs, des bêtes et des consommateurs, décidaient de jeter l’éponge, il y aurait là réellement matière à faire des articles.

Pour ma part, j’ai juste envie de prendre du temps pour relire autre chose que des rapports administratifs et des tableaux de chiffres, j’ai envie de pouvoir aller m’asseoir dans un bar avec des amis sans être systématiquement reconnu par quelqu’un que je ne connais pas et qui viendra me parler de sujets hautement intéressants mais dont je n’avais pas envie d’entendre parler à ce moment-là, j’ai envie de pouvoir reprendre le rugby sans qu’on me demande si c’est pour préparer les municipales, j’ai envie de relire Romain Gary, Amadou Hampâté Bâ ou les mémoires d’Anne Bonny, j’ai envie de donner un peu plus de temps au plus grand mouvement d’éducation populaire au monde où je suis également investi et où j’ai le plaisir de travailler avec des gens qui n’ont pas du tout mon vécu ni mes opinions politiques. J’ai envie de retrouver les amis qui, parce qu’ils me connaissent, me pardonnent de les avoir trop délaissés pendant ces années. J’ai également certains projets personnels qui nécessitent un temps que ne laisse pas un mandat d’élu.

Tout cela, c’est pour pouvoir prendre le temps de rendre plus efficace mon engagement en politique. C’est sortir un peu plus souvent des cercles militants pour retrouver la vie quotidienne de n’importe quel citoyen. Si certain se réjouissaient à l’idée que je puisse « tourner le dos à la politique », ils seront bien déçus. Je ne suis pas prêt d’arrêter et je suis, dès aujourd’hui, au service des militants EÉLV du Haut-Doubs, dans le combat des municipales qui s’annonce comme dans tous les combats locaux que nous avons à mener.

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D’ailleurs, si vous voulez nous rejoindre, ce serait avec plaisir, on n’est jamais assez nombreux.

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