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hara kiriC’est l’été. C’est l’affluence sur les routes mais aussi dans les colo en tous genres. Miracle de l’éduc’ pop, on redécouvre les vertus du vivre ensemble, du collectif, du plaisir partagé sans avoir besoin de vendre un bras dans l’affaire. Jouer à plusieurs, c’est plus marrant que seul devant une console de jeux.

Ça c’est ce qu’on croit, parce que le monde de la consommation ne pouvait pas laisser se développer un monde innocent et coopératif : jouer gratuitement, en utilisant son imaginaire, en inventant, en créant ? Diantre, mais comment fera-t-on des bons consommateurs de ces jeunes ?

C’est l’été, permettez-moi donc de lancer une grande plainte, un cri déchirant devant le succès du jeu « les loups-garous ». Il se trouve, voyez-vous, que des gens très forts en marketing ont lancé en 2001 ce « jeu d’ambiance ». Depuis, ce jeu a inondé les veillées, les soirées entre copains … Sauf que, voyez-vous, ce jeu, on y jouait déjà depuis des années … avec un bête de jeu de 32 cartes. Quand je l’ai appris, ça s’appelait  « la mafia » et on se racontait des histoires de Calabre autour du feu. Suivant les ambiances, suivant les envies, on se racontait des histoires de congrès du PCUS, de vaudou, d’extra-terrestres … Bref, de tout ce qui nous faisait envie et qui faisait voyager notre imagination. Ce n’était pas compliqué : si tu tirais une carte noire, tu étais un méchant, une carte rouge un gentil. Si c’était le roi de pique, tu étais le chef des méchants, etc … Et si on voulait, on rajoutait des rôles spécifiques à chaque carte.

Un petit malin a eu l’idée un jour de faire un jeu de carte spécial, avec un imaginaire imposé, fixe, bien défini, un imaginaire facile à suivre puisqu’il est déjà tout expliqué sur les cartes. Un imaginaire triste puisqu’il se répète de partie en partie. Un jeu de paresseux puisqu’il évite d’avoir à se créer un monde à chaque partie.

Avec un jeu de 32 cartes, on peut jouer à des milliers d’autres jeux, seul, à 2 ou 10. Avec le jeu que vous devez acheter pour jouer au loup-garou, vous ne pouvez jouer QUE au loup-garou.

BANDE DE MOULES QUE VOUS ÊTES !!

Tiens, avec deux jeux de 32 cartes, on peut aussi jouer à un truc qui s’appelle le « 8 américain ». Un jour, un petit malin a eu l’idée de créer des cartes spéciales, faciles, pour jouer au « 8 américain », mais un jeu unique, un jeu qui ne permet de jouer QUE au « 8 américain ». Et comme le mec avait déjà eu une bonne idée, il ne s’est pas foulé pour le nom de son jeu, il a décidé d’appeler ça le « uno ».

Bref, aujourd’hui, quand vous partez en vacances, vous achetez une boîte pour jouer au Loup-Garou ET une boîte pour jouer au Uno. Alors qu’avec 2 jeux de 32 cartes, vous pouvez jouer à ces 2 jeux et à des milliers d’autres.

Je viens d’aller vérifier les prix (frais de port non compris) :

Loup Garou : 11,28 €
Uno : 8,25€
Un jeu de 54 cartes : 1,5 € (ouais, j’ai été prince, j’ai regardé les prix d’un jeu de 54 cartes)

Le Loup-Garou de Thiercelieux, c’est l’obsolescence programmée appliquée au monde des jeux.

Et c’est triste.

Tiens, ça me donne envie d’écouter ça pour la peine

———–

EDIT :

On me signale que l’histoire du jeu d’origine « Mafia » est racontée ici ici sur wikipédia, merveille des internets. Vous saurez tout des différentes règles et de la naissance de ce jeu (pas si vieux).

Frederic Arthur Bridgman, les joueurs de cartes

Frederic Arthur Bridgman, les joueurs de cartes

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13 réflexions sur “Loup-Garou : le scandale dont on parle trop peu

  1. Bonjour Francois.
    Il se trouve que je connais les « créateurs » de ce jeu. Bien entendu, ils ne prétendent aucunement l’avoir « inventé » mais bien seulement « retranscrit » dans un univers fantastique et visuel.
    Ils sont tous les deux des artistes a leur maniere, qui tentent de vivre de leur art; nous amuser, nous faire passer de bons moments, nous aider a etablir du lien social a travers cette activité non-marchande par excellence qu’est le jeu de societe « intelligent ».
    Hormis le Loup Garou, aucun de leurs jeux n’est vendu dans le commerce « grand public ». Ils vivotaient des ventes confidentielles de superbes jeux sans grands publics, meme si ils sont tous les deux des auteurs de jeux confirmes et reconnus.
    Et puis voila, le succes de LG leur permet enfin de bien vivre de leur art de createurs de jeux, de createurs de reves, de createurs de rires.
    Bien entendu tu pourra aussi leur reprocher les millers de soirees passees a jouer a leur jeu faschisant puisque le peuple y sevit en milice pour lyncher les deviants. Pourquoi pas ?
    Moi je pense aux heures que des enfants n’auront pas passees devant la TV. Je pense a la formidable escole de la politique qu’est aussi la pratique du LG. Pour apprendre la negociation, la plaidoirie, les prejudices, les mensonges. Les trahisons de classe et les solidarités.
    Le jeu est la plus belle et la seule ecole de la vie, et le travail d’imaginaire et de graphiste de ces deux personnes l’a mis au centre de soirees de millier de personnes, a remplace des milliers d’heures de « mise a disposition de cerveau disponible ».
    Ca vaut 11€25, non ?

    /bernard/

    • Euh … Je crois que vous n’avez pas lu ou plutôt que vous n’avez lu que ce que vous vouliez bien comprendre.

      Je n’ai jamais critiqué le jeu en général, bien au contraire (vous avez lu l’intro ?). Je n’ai jamais critiqué ce jeu non plus, bien au contraire ! Je l’adore, c’est bien pour ça que j’ai rédigé ça. Me faire dire à moi que je trouverais ce jeu fascisant … Non mais quelle blague …

      Ce que je reproche à cette version commerciale du jeu, c’est qu’elle a étouffé la version précédente. J’ai animé suffisamment de colo pour avoir pu constater que désormais, il n’est pas rare que des ado refusent de jouer à la mafia si ce n’est pas avec des cartes et avec l’imaginaire imposé du loup garou.

      Quand vous dites « Moi je pense aux heures que des enfants n’auront pas passees devant la TV. Je pense a la formidable escole de la politique qu’est aussi la pratique du LG. Pour apprendre la negociation, la plaidoirie, les prejudices, les mensonges. Les trahisons de classe et les solidarités. », vous vous rendez compte que c’est totalement à côté de la plaque par rapport au fond de ce que j’ai écrit ?
      Quand on joue à la Mafia, en inventant de nouveaux imaginaires, en se projetant ailleurs, que fait-on si ce n’est justement apprendre tout ce que vous citez ?

      Le LG n’apporte rien de plus à la Mafia, rien. Par contre, j’ai pu constater qu’il avait en partie bridé la créativité des joueurs.

      Enfin, je pense que pour ne pas voir l’ironie et l’autodérision qu’il y a, dès le titre, dans cet article, et qui font comprendre que ce n’est pas bien grave et que dans le fond, on s’en fout un peu, il faut un peu le faire exprès.

      • Salut Francois, merci pour ce billet et pour ton avis là dessus. Je partage également ton énervement pour la marchandisation de tous les aspects de notre vie, c’est d’autant plus ridicule quand on se fait même vendre des supports à l’imagination qui par définition devraient être à faire soit même ou en utilisant ce qui tombe sous la main. Pour autant tu es très injuste avec Bernard et son propos n’est pas du tout à côté de la plaque. Tristement il y a beaucoup de monde qui ne valorise pas un jeu qui se base sur un fond minimaliste ou récup, ou fait maison et qui préfère l’acheter… et la remarque de Bernard tombe sous le sens il préfère en effet que ces gens achètent un jeu d’imagination plutôt que de passer leur temps devant leur télé… cette opinion me parait recevable. Ne crois-tu pas?

        L’intéret justement de ce jeu c’est d’apprendre à débattre et argumenter sans le prendre trop personnel !!

        Heureusement internet fourmille de site pour faire par soi-même les jeux que l’on aime ou que l’on aurait joué sur des versions commerciales ( je pense à instructable, au site de la Foire aux Savoir-Faire et aux milliers de blog d’animateurs et de profs qui refont les jeux à leur sauce).

  2. Y’a aussi le coup de la « bataille navale ».

    Des millions d’élèves (dont moi…) ont joué à la bataille navale pendant les cours avec une feuille de papier quadrillé et un crayon. Coût : pratiquement nul (si, parfois 2h de colles…).

    Il y a quelques années se sont vendues des batailles navales en plastique. Prix : cher. Et pas possible de jouer en cours…

    • Disons que la bataille navale en plastique n’a pas étouffé la bataille navale sur papier quadrillé. Mais il est vrai que je ne fréquente plus l’école depuis longtemps, donc je ne peux pas savoir 🙂

  3. Il y en a marre de tous ces gens qui font de nos vies un enfer marchand. Il récupère nos énergies, nos inventions, notre quotidien pour faire du fric…

    Ici il y avait pour tradition de se retrouver dans une salle, de jouer de la musique ensemble, danser, boire ce qu’on avait apporté, et manger en partageant ce qu’on préparait. L’ambiance était à l’amitié et à la gratuité, au don.
    Quelques crétins ont montés une asso, l’entrée est devenue payante (2 balles pour soutenir l’asso…), puis ils ont montés un bar payant, manque plus qu’à nous faire payer les assiettes, faire venir un groupe et la boucle sera bouclé. Ce qui était relation sociale deviendra totalement marchandise et spectacle. Les quelques couillons associatifs essaieront de toper une subvention et quelques contrats aidés… Quelle misère.

    Bientôt viendra le temps ou pour adresser la parole à quelqu’un faudra payer.

    A bas les restaurants, les cafés concerts, les festivals, le spectacle. A bas toutes cette soit-disant culture, qui n’est autre chose que de la marchandise et des marchands. A bas le spectacle et les festivals ces lieux ou rien ne peut se passer d’autres que l’éthylisme stérile et la consommation.

    Autres lieux autres temps. Existait ici comme ailleurs un carnaval sauvage ou le peuple allait secouer les puces des bourgeois, dans une déambulation festive mais aussi offensive. Fallait qu’ils lâchent à bouffer et à boire et qu’ils restent bien protégés dans leur murs. Ça criait au fenêtre, ça chahutait, dansait, faisait l’amour, buvait, criait, et toute la canaille participait à ce qui aujourd’hui serait réprimé à coup de tonfa et de gazeuse.
    Aujourd’hui les ahuris qui ont repris l’idée se déguisent mollement et défile au pas de l’ennui autour des touristes qui les prennent en photo. Il ne se passe rien.

    Mais pas d’inquiétude on est bien toujours là, doucement, en attente de temps plus propice à la joie et à l’action plutôt qu’à la tristesse passive de la consommation.

  4. Oh la la, les gens, vous n’avez pas des combats plus importants à mener ? J’hallucine.
    Déjà, personne ne vous oblige à jouer au loup-garou.
    Ensuite, personne ne vous oblige à y jouer en suivant toujours le thème moyen-âgeux. Il y a des gens qui font des parties mafia, des parties science-fiction, des parties Harry Potter (oh, pardon, une autre franchise, c’est mal), des parties hôpital psychiatrique… Sans imagination, les joueurs de loup-garou ? Accusation gratuite.
    Enfin, y a aussi des gens qui apprécient un joli jeu bien travaillé, bien illustré, qui fait vivre les créateurs de jeux, les illustrateurs, et des boutiques spécialisées telles que Philibert ou Descartes, sans oublier les sites de critique tels que Tric-Trac (qui teste un modèle économique payant depuis quelques mois sans pour autant restreindre son contenu gratuit, ça aussi c’est mal, vouloir vivre de sa passion sur internet ?).
    Taper sur la société de consommation quand elle nous fait acheter 15 produits de ménage différents alors que le vinaigre et le bicarbonate de soude suffisent, ok. Taper sur l’industrie du jeu de société alternatif, minuscule et globalement tournée vers plus de bonheur mondial, c’est stupide.
    Merci au passage pour le tacle sur les joueurs de jeu vidéo, qui seraient de pauvres asociaux décérébrés. J’ai toujours joué à la console avec mes amis et cousins, la WII qui est la console la plus répandue actuellement ne propose que des jeux en groupe, la semaine dernière a eu lieu la plus grosse bataille en ligne (http://bit.ly/17VftUE) rassemblant plus de 4000 joueurs… Mais c’est vrai que c’est plus facile de mettre tous les jeux vidéo dans le même sac, et d’expliquer tous les maux de la société par ce biais. Simplification quand tu nous tiens…

    • J’ai globalement répondu ici : https://francoismandil.wordpress.com/2013/07/31/loup-garou-le-scandale-dont-on-parle-trop-peu/#comment-271

      Il y a plein d’ironie et d’autodérision, dès le titre, suggérant que ce n’était effectivement pas un sujet de scandale. J’ai pris cet exemple comme révélateur d’une société où on préfère que le travail vous soit mâché, où on délègue la créativité à d’autres.

      Quant au couplet sur le jeux vidéo, je veux bien croire que ce soit une attaque à laquelle vous avez régulièrement à répondre, mais ce n’est pas une raison pour me prêter une généralisation que je n’ai pas faite. Merci de m’expliquer où j’aurais écrit que les joueurs seraient  » de pauvres asociaux décérébrés ». J’ai évoqué vite fait les jeux qui se jouent seuls. Et puisque vous mettez ce sujet sur la table, je me permets d’y répondre : je pense effectivement que nous avons besoin d’équilibre, c’est-à-dire d’un peu de tout.

  5. y a aussi le tennis (on etait plus tranquille a la pelote basque), la petanque (ah ce bon vieux moyen-age ou on jetait des petits cailloux) … je ne suis pas du tout un fan de ce jeu, ni de son ancêtre apparemment « mind-opener » mais dans mon souvenir, on peut aussi transformer les histoires, les compliquer, les simplifier … bref, comme un vrai jeu qui fonctionne quoi : de l’imagination permise dans un cadre donné.
    Bien sur qu on peut jouer avec un jeu de carte basique ou même avec avec des cailloux (pourquoi pas d’ailleurs, c’est infiniment moins cher qu’un jeu de carte de base, et ca fonctionne tout aussi bien).
    Après si pour 1euro50 on peut aider un petit malais de 7 ans a joindre les deux bouts, alors la c’est différent !

  6. un autre jeu qui etait gratuit et qui ne nécéssitait que d’avoir 2 crayons : la vache et le toro.C’est devenu le « master mind « ,des pions de couleur ont remplacé les chiffres à deviner et ça se vend assez bien.

  7. Je suis animateur depuis près de 3 ans et ce jeu, le Loup garou, nous le jouons régulièrement avec les jeunes. On a pu changer l’histoire originale de ce jeu en fonction du thème de nos séjour. Rien ne nous empêche d’user de notre imagination sous prétexte qu’il y a dans la boite une histoire. Il nous sert avant tout de support de jeu, a nous de décider quels rôles ont les cartes.

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