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Une brève histoire du scoutisme français à l’usage de ceux de mes amis qui ne comprennent pas vraiment ce que font ces gens pas tout à fait comme les autres et qui veulent comprendre d’où viennent les clichés – 2°

Avertissement au lecteur :

1° : Personne n’a été foutu de me filer le totem de Henri Emmanuelli, je suis super déçu.

2° Le premier billet a été évoqué par Valérie-Anne Maitre dans sa revue de blog sur RCF. Je peux vous dire qu’elle m’a foutu la pression pour le 2ème épisode.

3° Cette brève histoire n’est pas une œuvre scientifique. Je n’ai pas fait de recherche pour l’occasion. Il n’y a pas de réelle problématique, mais un enchaînement de dates et d’évènements, incontestables en eux-même mais dont l’interprétation peut diverger. J’essaie malgré tout d’être le plus honnête possible. La conséquence, c’est que si les Scouts de France sont sur-représentés dans mon billet, c’est certes parce qu’ils sont assez largement les plus nombreux, mais aussi parce que c’est sur eux que le plus d’études ont été faites et parce que j’en suis adhérent. Des études, il y en a pas mal. Par exemple, ce brillant mémoire de maîtrise soutenu en 2001 à l’université de Versailles Saint Quentin en Yvelines : « Guides de France et Scouts de France : Deux identités culturelles en question – 1971 – 1981 » (l’intro – Le mémoireles annexes)

4° Ma volonté de départ était surtout de donner quelques clés de compréhension aux personnes ne connaissant le scoutisme que par les clichés ou les groupes qu’elles voient passer le dimanche. De montrer aussi que le scoutisme est surtout à l’image des Français, à l’image de son temps, tout en cultivant son côté monde parallèle. Si finalement, comme Valérie-Anne, ce billet vous a donné envie de rejoindre les scouts, j’en serais plus que ravi et j’en profite pour rappeler que, non, il n’y a pas d’âge pour filer un coup de main au mouvement 🙂

Avant d’entamer la suite, je voulais signaler que depuis la publication du premier billet, je suis rongé par un profond remords : il y a un chant que je n’ai pas évoqué. On pourrait faire une histoire des mouvements de jeunesse par leurs chants. Autant par ceux mis en avant que par ceux réellement chantés par les jeunes d’ailleurs (vous avez remarqué que dans toutes les compiles « les plus célèbres chants scouts », vous n’avez jamais Fanchon ni Jeanneton ?). Bref, il en est un, vaguement oublié, mais ultra représentatif de la première période et dont à peu près tout le monde connait le titre sans savoir à quoi ça fait référence. Les paroles sont du fameux père Sevin (de même que « ce n’est qu’un au revoir« , et ouais ! ). Bref, mon profond remords, c’est de ne pas avoir parlé de Youkaïdi Youkaïda, qui aura fait les beaux jours de tant de séjours de l’éduc’ pop. Comme j’ai le plus grand respect pour mes lecteurs, j’ai fouillé parmi toutes les versions disponibles sur les internet et voilà. Ne me remerciez pas, c’est cadeau :

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Bref, nous étions en 1947, à Moissons. L’époque en noir et blanc s’achève, on passe à la couleur. Le monde libre a gagné la guerre, les jeunes qui seront l’élite mondiale de demain (ouais, il n’y avait pas de filles à Moissons) ont chanté, campé, joué ensemble. C’était l’apogée. Mais qui dit apogée, dit forcément lendemains difficiles. Ces difficultés ne sont pas qu’internes. Au moins, les mouvements de scoutisme feront leur examen de conscience sur leurs agissements pendant la guerre beaucoup plus rapidement et beaucoup plus honnêtement que la moyenne des Français. Il se trouve aussi que la jeunesse a changé. On n’a pas 8, 12, 15 ou 20 ans en 1947 de la même façon qu’en 1925. La France est à reconstruire, le scoutisme aussi donc. Pendant une vingtaine d’années, le scoutisme va osciller entre deux grandes tendances : se resserrer autour d’une tradition qui a fait ses preuves ou tenter l’ouverture et se risquer à la confrontation avec la complexité du monde (oui, en disant cela, je suis très subjectif et je l’assume).

Déjà, tout va mal : en 1948, les guides n'ont plus de foulard mais une cravate !

Déjà, tout va mal : en 1948, les guides n’ont plus de foulard mais une cravate !

Petit point sur la situation. Il y a en France un mouvement protestant, un laïc, un juif, un catholique pour les filles et un catholique pour les garçons (ces deux derniers étant largement les plus nombreux), plus quelques autres moins importants. Quel que soit le mouvement, il y a une branche pour les 8-12 ans : vous êtes louveteau ou louvette, vous vivez dans l’imaginaire du livre de la jungle, avec Baloo, Akela and co. Chez les guides de France, vous êtes Jeannette et vous êtes dans l’imaginaire de la forêt. Ensuite, vient le cœur du scoutisme, le vrai scoutisme. De 12 à 17 ans, vous êtes éclaireur, guide ou scout, c’est selon. Toujours en équipe (des « patrouilles »), avec un CP (un « chef de patrouille »), un second … et un « cul de pat' » (le petit dernier). Si vous savez construire un brancard, écrire une chanson, allumer un feu avec deux bouts de bois et sans papier … vous gagnez des petits badges à coudre sur votre chemise. Ensuite, vous êtes adulte et vous devenez un « routier » ou une « guide aînée » jusque vers 20-21 ans.

Raiders scoutsLes équipes nationales vont beaucoup se renouveler au lendemain de la guerre. Michel Menu est nommé « commissaire national éclaireur » des Scouts de France en 1946. Michel Menu, c’est une star. Prisonnier en 40, il réussit à s’évader à sa troisième tentative pour rejoindre la France libre quand ce n’était pas encore super trop la mode et termine la guerre avec bien des galons. Il va créer les « raiders scouts ». En gros, des troupes d’élite, qui ont le droit de porter le béret vert des para et qui passent des épreuves de judo. Au sein des scouts, vous avez les troupes raiders et vous avez les troupes loosers. Et puis, les para ont une bonne image en 1950 … mais beaucoup moins avec la guerre d’Algérie.

dossier jean MüllerJean Muller est membre de l’équipe nationale Route (les plus vieux donc). Il est mobilisé en Algérie en 56 et est tué 4 mois après son arrivée. La revue Témoignage Chrétien (née pendant la résistance) va publier les lettres qu’il avait écrites à ses proches et dans lesquelles il détaille la torture. La France découvre que son armée torture en Algérie. Quand on leur refuse de diffuser les lettres de Jean Muller, l’équipe nationale route démissionne avec fracas et les routiers deviennent un mouvement de jeunesse. En franche opposition avec cette évolution, Michel Menu démissionne, les effectifs fondent. Bref, l’ambiance, c’est pas franchement youkaïdi.

Et chez les Guides ? Moins directement touchées par la guerre, elles sont tout autant traversées par le débat entre deux conceptions du rôle du scoutisme. Marie-Thérèse Cheroutre devient commissaire nationale (big boss quoi) du mouvement en 53. Et Marie-Thérèse, c’est un autre monstre sacré. Les deux mouvements catholiques vont bosser désormais bien plus de concert.

1960

Le premier numéro de la nouvelle revue

Le premier numéro de la nouvelle revue

Arrivent les années 60. Malgré les apparences, même avant 68, il se passe des choses en France. La fin de la guerre d’Algérie certes, mais aussi par exemple la réflexion sur le collège unique (qui arrivera en 75). Mettre ensemble tous les adolescents, de 11 à 17 ans apparait de plus en plus comme une mauvaise idée. La grande révolution culturelle apparait donc en 64 avec la séparation de LA branche. Chez les guides, il y a désormais les « guides » (de 11 à 15 ans) et les « caravelles » (de 15 à 18) et chez les scouts, il y a les « rangers » puis les « pionniers ». Idem chez les éclaireurs israélites (les « éclaireurs » puis les « perspectives » de 15 à 17 ans). On abandonne les shorts, les bérets et les chemises marrons, on passe aux chemises bleues et rouges qui claquent. Oui, rouge, comme les pionniers communistes. Si ça, c’est la preuve que le scoutisme a été infiltré par les bolchéviks (vous riez, mais sachez que cela a été régulièrement proféré avec le plus grand sérieux dans des AG du mouvement.)

L’objectif pour les caravelles et les pionniers, c’est le chantier, c’est de participer à la vie de la cité, c’est d’ouvrir de nouvelles frontières. On écrit des paroles françaises sur des chansons de pionniers américains : c’est le méga hit de la Red River Valley. La référence, c’est le pionnier qui vient bâtir là où il n’y avait rien, la caravelle qui transporte les colons du nouveau monde, mais ce sont aussi les programmes spatiaux rangers et pionneer. C’est sûr, on a changé d’époque. Bizarrement me direz-vous, c’est au même moment que le concile Vatican II. L’Église catholique française a d’ailleurs toujours soutenu la réforme.

Chemise rouge, plus de foulard, le jeune pionnier regarde vers l'avant, à l'aube d'un jour nouveau.

Chemise rouge, plus de foulard, le jeune pionnier regarde vers l’avant, à l’aube d’un jour nouveau.

Mais le jeune pionnier chante des folks songs sur sa guitare.

Toute ressemblance ne serait sans doute pas totalement fortuite…

Au-delà des références culturelles, on est aussi passé à la généralisation de la pédagogie de projet, on a abandonné la « BA » (mais si, vous savez, un scout doit faire une BA – bonne action – par jour. En 1920, c’était bien. En 1960, c’est ridicule) et la progression personnelle « par niveau » pour la progression personnelle « par objectifs ». Pour obtenir son badge, il fallait être capable de faire telle ou telle performance fixée par le chef. Désormais, c’est le jeune lui-même qui se fixe des objectifs et qui progresse. On abandonne donc l’idée qu’il puisse y avoir un scout modèle, un être parfait en gros et on est tous capable d’avoir des petits badges de toutes les couleurs sur sa chemise. Fini aussi le grand qui s’occupe du petit, désormais on s’occupe tous les uns des autres. C’est forcément plus simple quand vous ne mettez plus ensemble des jeunes de 17 et de 11 ans.

La revue pionnier de septembre 1969 : « Comme un arbre dans la ville »

En 1970, la séparation de la branche éclaireur devient obligatoire. Pour les tenants de la pédagogie dite « unitaire », c’est le diktat de trop. Ils partent fonder les Scouts Unitaires de France. Le mot « scout » n’est pas déposé, tout le monde peut aller fonder un mouvement de jeunesse se réclamant du scoutisme. Il existait par exemple, au sein des Scouts de France, les « Scouts de France bretons de Paris » fondé par un chef de Montauban, lequel est à l’origine, dès 1963, de la création des Scouts d’Europe.  Là encore, il s’agit de la tendance « conservatrice » qui s’est éloigné dès les années 50. (je pense ne pas me tromper en affirmant que les Scouts d’Europe revendiquent l’adjectif « conservateur »)

LSD is good for youNous sommes en 1970. La guerre d’Algérie est passée, mai 68 aussi. Les turbulences internes sont apaisées, il y a désormais une ligne directrice. Oui, mais… Ce sont les années 70 avec une jeunesse qui se cherche, des conflits de générations et puis, chez les scouts, l’idée qu’il faut en finir avec cette anomalie de deux mouvements séparés pour les garçons et les filles. Pendant 10 ans, les deux mouvements vont essayer de corriger ça.

[Attention, nous arrivons à la Trivalle. Et moi, la Trivalle, ça m’émeut. Comme à Moissons, j’aurais voulu y être. Séquence émotion n°2]

Nous sommes en 1973, sur le Larzac. 10000 responsables des deux mouvements vont se retrouver au désert pour remettre tout à plat, se dire comment ils voient le scoutisme, se demander à quoi ils servent

A l’occasion de la Trivalle, les chefs vont rédiger un « Livre de la Trivalle« , sorte de recueil de tous les ateliers, de toutes les cogitations collectives. Forcément, ça part un peu dans tous les sens. C’est pour cette occasion que sera écrit l’appel à l’espérance. Non, pas celui de Stéphane Hessel (encore un ancien scout) et Edgar Morin, mais celui de Jean Debruynne ( un curé carrément plutôt chandail ). C’est un des plus beaux textes que je connaisse.

Chaque fois qu’un enfant apprend à juger le monde
et à se reconnaître lui-même dans ses actions,
C’est un pari sur l’homme qui est gagné
et c’est une liberté qui échappe au profit.

Il ne ressort de la Trivalle pas grand chose de concret sur le coup si ce n’est ce livre plein de questions. Mais une certitude, le scoutisme a toujours et plus que jamais sa place, il est toujours actuel, et il faut que les deux mouvements s’unissent enfin. BP disait « de la tradition, gardons la flamme et non la cendre ». La Trivalle fut le point d’orgue collectif de ce travail d’analyse : qu’est-ce qui fonde la spécificité du scoutisme, qu’est-ce qui est de l’ordre du folklore, de quoi faut-il se débarrasser … ? Le résultat, c’est le livre « Baden-Powell aujourd’hui » publié en 75 par les équipes dirigeantes des deux mouvements qui remettent les fondamentaux au centre du jeu : le scoutisme est un mouvement d’éducation pour tous, la promesse n’est pas un sacrement religieux, la vie équipe et le jeu dans la nature comme outils de progression personnelle, l’apprentissage des responsabilités …

Nous sommes dans les années 70. Les Guides de France soutiennent l’action de la ministre de la santé, encore une ancienne scoute, ce qui ne va pas sans causer quelques remous. La ministre s’appelle Simone Veil.

Évidemment, cette période est tout sauf un long fleuve tranquille, mais ce n’était pas spécifique au scoutisme.

Photokicrash

HamsterLes chefs et cheftaines des années 70 sont comme les autres. Ils lisent Rock & Folk. Et dans Rock & Folk, il y a Hamster Jovial (entre 71 et 75). Et Hamster Jovial, ça fait mal parce que c’est super drôle et que c’est super bien vu. Dans les ateliers de la Trivalle, on se demandait comment ne pas ressembler à Hamster Jovial. Car finalement, Gotlib n’est pas loin de la vérité : des cadres dévoués, généreux, prenant leur mission très à cœur, un peu naïfs parfois, à la fois complètement de leur époque (Hamster Jovial a d’excellents goûts musicaux contemporains) et vaguement décalés (l’uniforme qui n’existe déjà plus sous cette forme à l’époque), à la fois un peu niais et tentant vainement de faire passer un idéal dépassé. Des gamins qui sont là non pas pour devenir l’élite de la France mais pour se retrouver entre copains et, eux, beaucoup moins naïfs qu’on ne le croit. Je suis sûr que Gotlib a été scout, ce n’est pas possible autrement.

 

—— edit août 2017 —–

Découverte tragique. Gotlib n’a jamais été scout et n’a même vraiment aucune tendresse pour ce mouvement.

cf 8ème minute

————————————

 

Mais je m’égare. Pendant que sur le terrain, les scouts et les guides chantent Maxime le Forestier, Hugues Aufray, Graeme Allwright, Tri Yann et Fanchon, dans les hautes sphères, on s’active pour hâter l’union des deux mouvements. Ouais, mais les scouts parlent de co-éducation quand les guides parlent d’inter-éducation. Et puis, il y a les petites rivalités, les grandes histoires locales, il y a les susceptibilités, les égo. Il y a un mouvement féminin qui a toujours été en pointe sur les questions des droits des femmes et un mouvement masculin qui ne comprend pas trop de quoi on lui parle et qui continue à regarder de haut, sans trop oser l’avouer, le scoutisme féminin. Bref, ça foire.

Nous sommes en 81. Dans leur coin, les Scouts de France votent la co-éducation lors de leur AG. En gros, les Scouts deviennent mixtes, les Guides restent entre filles (sauf pour la branche aînée, qui s’appelle alors JEM, et qui est mixte). De toute façon, pour les deux mouvements, les effectifs sont à la hausse.

carte

Dans les années 80, le foulard redevient à la mode, on chante du Jean-Jacques Goldman et toujours du Hugues Aufray. En 1993 se déroule à Morteau (et ouais ! dans le Haut-Doubs), le premier « camp pour tous » : un camp de scoutisme pour des gamins qui n’ont jamais connu d’autre horizon que leurs barres HLM.

choisis ta vie

Jamboree de la branche bleue en 1997 : 25.000 pré-ado et leurs chefs, dont votre serviteur qui vient alors de rejoindre le mouvement

En 1990 sont créés les Scouts Musulmans de France qui sont membres de la fédération du scoutisme français. Seuls les associations membres de cette fédération sont reconnues par les instances mondiales. Il existe alors en France sans doute quelque-chose comme 80 mouvements se réclamant du scoutisme, dont 6 dans cette fédération. Ces 6 mouvements (les deux catho, le protestant, le musulman, le juif et le laïc) sont bien entendu ouverts à tous, quelle que soit sa religion, sa culture ou sa couleur de cheveux. La plupart des autres sont à l’état groupusculaire (en dehors des SUF et des Scouts d’Europe, déjà évoqués plus haut) et la plupart du temps dans la mouvance catholique traditionaliste ou intégriste (dont les SUF et les Europes, évoqués plus haut)

on apprend à jouer avec la nourriture

Parmi eux, un truc qui s’appelle les « Scouts et Guides Catholiques de France ». Vous êtes d’accord que quand on n’est pas du milieu, on a du mal à saisir la différence avec les « Scouts de France » et les « Guides de France ». Ce truc a organisé un camp en bateau durant l’été 1998, camp dirigé par un certain abbé Cottard. Les règles de sécurité élémentaires ne sont pas respectées, les jeunes sont mis en danger sciemment (« tout ce qui ne tue pas rend plus fort », et il faut être plus fort. On n’est pas des chochottes quand on est un mec chez les intégristes). 5 jeunes meurent, dont un plaisancier venu les secourir. L’abbé Cottard et les parents affirment que si les jeunes sont morts, c’est parce que Dieu les a rappelés à lui. Cette triste affaire va durablement plomber le scoutisme. Pour la plupart des médias, il est difficile de faire la différence. L’été dernier, près de 15 ans après les faits, une dépêche AFP a relancé l’amalgame…

C'est vrai, en 1999, on commençait déjà à moins bien maîtriser l'art de la construction de table, mais celle-ci a tenu sans problème pendant 2 semaines

C’est vrai, en 1999, on commençait déjà à moins bien maîtriser l’art de la construction de table, mais celle-ci a tenu sans problème pendant 2 semaines

Combiné à tout un tas de facteurs, internes comme externes, les effectifs plongent au début des années 2000, période morose pour l’éduc pop en général : On aura évoqué « l’effet coupe du monde » (les gamins préfèrent s’inscrire au foot que chez les scouts ou les centres de vacances). C’est aussi l’époque où la lutte contre la pédophilie prend enfin une vraie dimension. L’affaire Dutroux fait la une. Le dommage collatéral, c’est une méfiance qui se développe contre toute l’éduc pop ( en oubliant un peu vite que l’immense majorité des cas de pédophilie se situe dans le cadre familial, mais c’est un autre sujet). En 2002, les Scouts de France prennent position politiquement pour la deuxième fois de leur histoire : ils appellent à faire battre Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle. En 2004, les deux mouvements catholiques finissent enfin par fusionner pour former les « Scouts et Guides de France ». Pour l’occasion, les « louveteaux » qui étaient jaunes et les « jeannettes » qui étaient bleu ciel, deviennent oranges. Exit les imaginaires de la forêt et du livre de la jungle après près de 100 ans de bons et loyaux services.

En 2012, Mohammed Merah assassine 7 personnes à Toulouse, dont des enfants d’une école juive, tentant de se justifier au nom de la religion. Une marche blanche rassemblant plusieurs milliers de personnes sera organisée. A sa tête, bras dessus, bras dessous, les Éclaireurs Israélites et les Scouts musulmans.

Photo Zohra Bensemra / Reuters - le reportage de Paris Match

Photo Zohra Bensemra / Reuters – le reportage de Paris Match

Un petit nouveau devrait rejoindre la fédération du scoutisme français : les éclaireurs de la nature, mouvement boudhiste. Pour BP, le scout a trois domaines de progression : envers soi, envers les autres, envers la réflexion spirituelle. Même dans le mouvement laïc, il est proposé aux jeunes de réfléchir au sens de la vie. Durant mes années d’engagement chez les Scouts de France, puis les Scouts et Guides de France, j’ai bossé avec des catholiques pratiquants, des athées, des musulmans (j’en profite pour une petite dédicace spéciale à Latifa), des protestants, et surtout, toujours, avec des gens qui veulent aller plus loin que de simples leçons apprises par cœur et qui ne se s’arrêtent pas à des étiquettes.

Entre 30 et 50 % des ministres de la Vè République seraient passés par le scoutisme, dans l’un ou l’autre de ses avatars.  Le scoutisme est un outil éducatif assez formidable. Dans le dernier numéro de la revue destinée aux 14-17 ans, JJ Goldman explique que « le scoutisme [lui] a tout appris. » On peut penser ce qu’on veut de JJ Goldman, c’est quand même le seul artiste riche à millions qui explique publiquement qu’il ne paiera jamais assez d’impôts pour rembourser sa dette à la France, et que ça, il l’a appris chez les scouts.

JJ GoldmanEt puis heureusement, chez les scouts, on continue à faire les cons, à se rouler dans la boue et à manger avec les doigts en chantant. Le scoutisme est présent dans presque tous les pays du monde (à l’exception de la Chine, de Cuba, de la Corée du Nord, de la Birmanie et de quelques autres du même style). On continue donc à traverser le vaste monde pour aller chanter avec nos frères et sœurs de partout. Cette année par exemple, il y a des scouts de Montbéliard qui partent à Rio pour aller faire de l’animation pour des enfants des rues et d’autres de Besançon qui partent dans un orphelinat au Pérou. Admettez que vous avez tous un jour ou l’autre rêvé de le faire !

WE régional pour les jeunes adultes de Franche-Comté, février 2013

WE régional pour les 17-25 ans de Franche-Comté, février 2013

WE régional pour les jeunes adultes de Franche-Comté, février 2013

WE régional pour les 17 – 25 ans de Franche-Comté, février 2013

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8 réflexions sur “Une brève histoire du scoutisme /2

  1. Pingback: Une brève histoire du scoutisme /1 | Les racines du ciel

  2. Pas mal résumé, pas trop d’erreurs dans l’ensemble sauf éventuellement sur Michel Menu qui a toujours souhaité l’unité du scoutisme catholique…
    Pas de passage sur Lebouteux (ancien raider scout) pourtant refondateur de la proposition Sdf et voulant proposer la pédagogie raider au plus grand nombre..
    L’histoire des fusées se rapporte plus je pense, aux rangers (plus tard nommés scouts), le terme pionnier ainsi que la couleur des chemises rouge viennent des USA et des pionniers d’Amérique…

    Cyril ancien scout.

    • Merci 🙂

      La difficulté était de faire un résumé sans trop alourdir. A la base, je ne voulais pas m’adresser aux scouts mais à ceux qui en ignoraient tout. Pour ce qui est de Lebouteux par exemple, que j’admire beaucoup, je me suis forcé à supprimer tout un paragraphe le concernant. On pourrait en écrire des pages entières 😉

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