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A l’origine, je ne voulais pas passer un temps démesuré sur le débat parlementaire du mariage pour tous, et puis finalement, les passionnés pro comme anti se sont emballés. Cet étouffement médiatique a fait ressurgir une violence inouïe tout en ayant une fonction cathartique. On se remet à dire tout haut que les homo sont des gens bien gentils à condition qu’ils se cachent. La période est douloureuse, elle est sans doute nécessaire.

Anne comme 41Je suis finalement bien moins minoritaire que certains peuvent le prétendre. 41% des catholiques pratiquants sont favorables au mariage pour tous. La majorité des Français pense que le débat a assez duré. Pour autant, je pense également que le débat sur la PMA doit se faire. Les arguments que j’ai pour Notre-Dame-des-Landes par exemple (en élisant Hollande, le peuple n’a pas voté pour Notre-Dame-des-Landes, le parlement ne peut pas passer en force), restent les mêmes pour d’autres débats, même si bien entendu, dans l’absolu, j’aimerais que la question soit tranchée et qu’on puisse enfin passer à autre chose.

Comme beaucoup, je suis excédé par les hypocrisies, les sournoiseries d’une partie de chacun des deux camps. Je suis fatigué par les 5000 amendements ridicules déposés par l’UMP à seule fin de ralentir le processus démocratique et de faire du blocage alors même que ces députés ne siégeaient pas en commission, mais je suis autant fatigué par les cris d’orfraie de la gauche qui en faisait autant quand elle était minoritaire (sauf que cela se voyait moins, twitter n’était pas encore aussi omniprésent).

Comme beaucoup, je suis fatigué des accusations péremptoires. On a le droit d’être opposé au projet de loi sans être homophobe. On a le droit d’être favorable à la GPA sans être un connard. On a le droit de lire des avis opposés au sien sans avoir envie de vomir. On a le droit aussi de ne plus avoir envie de lire des mensonges énormes comme la disparition des termes pères et mères. On a le droit de ne plus pouvoir lire des allusions à la zoophilie ou à l’inceste.

Je suis fatigué par les insultes dans les discussions, par les refus de l’écoute, par le manque d’humilité qui fait que les contradicteurs n’acceptent même pas l’idée de la remise en question. On a pu voir, dans les deux cortèges, des manifestants se déclarant fiers de marcher du bon côté de l’histoire. Il y a donc encore des gens qui affirment que l’Histoire aurait un sens ? Qu’elle serait une marche triomphale vers l’avant, le progrès et le bonheur absolu généralisé ?

Ces gens qui prétendent ne s’intéresser qu’au bien-être des enfants, où sont-ils quand l’État expulse des familles en les séparant, en envoyant des enfants dans des pays où les parents sont menacés et dont ils ne connaissent pas la langue ? L’intérêt supérieur de l’enfant, c’est à géométrie variable ? Le gouvernement prépare une réforme lourde des rythmes scolaires. N’est-ce pas particulièrement impactant sur « l’intérêt supérieur » des enfants ? Il n’y a pourtant qu’une très faible mobilisation sur le sujet à part celle des enseignants. Qu’en penser ? Si l’Église avait mis le dixième des moyens qu’elle a dégagés pour la mobilisation contre le mariage pour tous, en faveur de la mobilisation pour protéger les migrants (domaine où elle est certes déjà bien en pointe, mais tellement plus discrète que sur le mariage), elle aurait tellement gagné en crédibilité.

Stop using my god to promote your hate

Cette ancienne ministre qui compare élégamment les couples homosexuels à des « couples OGM », je ne l’avais encore jamais entendue défendre les faucheurs volontaires. D’ailleurs, dans son projet pour les législatives de 2012, le parti de Christine Boutin annonçait vouloir « Adopter une attitude réaliste et responsable sur les OGM par des expérimentations publiques disposant du temps long et de l’indépendance nécessaire ». Voilà une bien jolie langue de bois pour s’y déclarer favorable.

Ces gens qui se scandalisent que la vie politique soit monopolisée par le débat sur le mariage pour tous, tout en se plaignant d’être privé de débat, tout en faisant de l’obstruction parlementaire, tout en ne parlant que de ça, qu’en penser ?

Quand un abbé qui a gagné sa notoriété médiatique sur twitter consacre 98% de ses tweets à évoquer de façon monomaniaque ce seul sujet, quelle est la différence avec un simple militant ? Qu’est devenue sa mission de pasteur ? Est-il au service de sa propre médiatisation ou au service du Christ ?

Quand Annie Genevard, députée du Haut-Doubs, évoque la liberté de conscience pour les maires afin de les autoriser à refuser de marier certains couples (porte ouverte à des refus de marier des couples mixtes, par exemple, on se souvient du « mariage gris » de Besson), se rend-elle compte qu’elle est en train de légitimer par exemple les agents EDF qui refusent de couper le courant à des familles en hiver ? C’est pourtant l’exact opposé de sa position, mais tout est bon pour faire du foin.

Quand on évoque le modèle « traditionnel » de la famille, se rend-on compte que ce modèle a constamment évolué, qu’il n’a rien de traditionnel ? Que la moitié de l’humanité a été élevée par les frères et sœurs, par les tantes, les grands-parents, les pairs … ? Défiler en présentant la famille comme un couple hétéro avec un garçon et une fille (logo reproduit à l’identique tout au long d’une manif à la communication ultra-contrôlée), n’est-ce pas vouloir à tout prix faire coller la réalité à ses propres désirs ? Que penser de cette façon de mettre en avant un seul modèle normatif dans lequel tout le monde devrait  se couler ?

Le cœur du débat, c’est la filiation. La question est simple : peut-on affirmer qu’un enfant serait plus heureux dans un couple homo ou un couple hétéro ? Non.
Affirmer que les enfants ont besoin d’hommes et de femmes pour leur développement, qui l’a nié ? Depuis quand avoir des parents signifie n’avoir qu’eux comme référents éducatifs ? Un enfant qui serait confiné dans le milieu familial, avec comme seuls référents ses parents, qu’ils soient homo ou hétéro, part effectivement sûrement très mal dans la vie. Prétendre que la famille est le seul lieu d’éducation, d’émancipation des enfants et des jeunes, est assez inquiétant.

Les anti se déchaînent désormais contre la PMA sous toutes ses formes. La PMA, je reconnais volontiers que ce n’est pas franchement le genre de chose qui me fait sauter de joie. J’avoue avoir un peu de mal à comprendre comment on peut se battre très légitimement d’un côté pour dire que ce qui fonde la famille, ce n’est pas le lien biologique mais le désir d’accueillir et d’élever des enfants, et de l’autre côté présenter la possibilité de la PMA comme la façon ultime de pouvoir créer une famille.

Quand on s’alarme de la surpopulation, de la bombe démographique à retardement, je m’étonne qu’on veuille étendre la possibilité de donner naissance à encore plus de terriens quand tant d’autres ne demandent qu’à être adoptés.

Je pense également qu’il y a dans la PMA une sorte de volonté de vouloir à tout prix un enfant « bien à soi », qui portera nos gênes, ce qui serait forcément un enfant plus réussi qu’un enfant adopté. Évidemment, les couples hétéro qui ont des enfants de façon classique sont exactement dans cette même logique, sauf que pour notre société nataliste et qui vénère l’enfantement, donner naissance est forcément un acte altruiste alors que refuser d’avoir des enfants est forcément jugé comme égoïste. Ce n’est ni totalement l’un, ni totalement l’autre.

J’ai bien conscience que ce précédent paragraphe est hautement exigeant, pas franchement populaire. Pour avoir beaucoup de très proches qui ont eu ou ont recours à une forme ou une autre de PMA, je sais que ce sont toujours des situations douloureuses et je ne me permettrais jamais de juger qui que ce soit. Mais je me permets de considérer que c’est révélateur d’un rapport ambivalent à la naissance. Fait-on des enfants pour soi ou pour eux ? N’y a-t-il pas une forme de pression sociale à faire croire qu’on ne devient réellement femme ou adulte qu’une fois qu’on a mis un enfant au monde ?

Accessoirement et de façon collatérale,  la PMA permet de jeter un voile pudique sur l’augmentation des problèmes de fertilités, sur les dérèglements hormonaux dus aux pollutions en tous genres.

Par ailleurs, (mais je reconnais la limite de mes compétences techniques), il semble bien que dans certaines PMA (quand il y a des dons d’ovocytes notamment), il y a une vraie dérive marchande, même dans des pays dits « développés » où les pratiques sont très bien encadrées.

Je n’ignore pas la difficulté qu’il y a à adopter, je comprends que rares soient les gens prêts à accueillir des enfants et non des bébés mais j’aimerais qu’on arrête de présenter l’adoption comme une façon un peu ratée de fonder une famille.

Mais à nouveau, que ce soit un couple hétéro ou un couple de lesbiennes ne change rien au fond du problème et évoquer aujourd’hui ces réticences dans le débat, c’est vouloir bloquer l’accès de la PMA aux seuls couples de lesbiennes, ce que rien ne justifie.

A force de placer sur un piédestal la famille « traditionnelle », la pression sociale devient forte pour s’y confirmer le plus possible. Combien de couples « traditionnels » se sont retrouvés au bord de la rupture, en remise en cause, parce qu’ils n’arrivaient pas à avoir d’enfants ? Combien, parmi ceux qui ont défilé le 13 janvier, ont eu recours à la PMA pour se conforter au modèle imposé, et étaient donc en opposition totale avec la position de l’Église ?

Quant à la GPA, je ne reviendrai pas sur le fait que nombre de députés UMP y étaient tout à fait favorables il y a 2 ans. Entre une partie de la droite qui trouve tout à fait normal qu’on puisse mettre un corps humain sur le marché et une partie de la gauche qui considère que la satisfaction des désirs personnels prime sur toute autre considération, il serait idiot de nier qu’il y a une forme de campagne en faveur de la GPA. Sauf que prétendre que le mariage pour tous et la GPA sont liés, c’est le plus beau cadeau à faire à ses promoteurs. La plus grande demande en matière de GPA, c’est pour des couples hétérosexuels.

Mais, vous qui défilez en découvrant l’horreur de la PMA et de la GPA, vous ne découvrez qu’aujourd’hui la domination de la marchandisation du monde ? Vous ne réagissez qu’aujourd’hui quand on vous dit depuis des années que tout se marchande, tout se vend ? Que le monde n’est qu’individualisme ? Que tant de couples veulent certes fonder une famille mais aussi et d’abord avoir une descendance personnelle qui porte ses gênes bien à soi ?

Dommage, vous seriez venus manifester avec ces affreux altermondialistes contre la privatisation de toutes les ressources naturelles, vous auriez défilé avec eux pour un monde avec une meilleure répartition des ressources, vous auriez agi pour que les règles du commerce internationales ne soient pas un pillage sans vergogne des plus faibles vers les pays les plus riches, nous n’en serions sans doute pas là, parce que c’est en acceptant ce monde qu’insidieusement s’est glissée l’idée que l’humain n’est que marchandise.

La passivité, quand ce n’est pas la complicité, vis-à-vis de cette marchandisation généralisée du monde, vers l’instauration de rapports marchands dans tous les secteurs de la vie, fait qu’aujourd’hui, il me paraît bien vain et bien anecdotique de vouloir remettre en cause la PMA (pour tous, pas que pour les lesbiennes !).

Quant aux inquiétudes pour le bien-être de l’enfant, elles découlent surtout d’une méconnaissance totale. Les pays qui ont mis en place l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe et permis l’adoption ne se sont pas écroulés. Tout va bien. Les peurs irrationnelles s’évaporeront d’elles-mêmes.

Pour information, les deux interventions les plus intelligentes que j’ai lues jusqu’ici :

Mariage pour tous : ce qui me peine et qui m’inquiète – de Laurent Grzybowski

Le mot de Philippe Bancon, délégué général des Scouts et Guides de France aux adultes et responsables du mouvement

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10 réflexions sur “Fatigues

  1. De bon matin, tes fatigues, que je comprends et partage presque entièrement, en fait me donnent des ailes, héhé. Bien joué, bon courage, bonne journée !

  2. Oui, je comprend ta fatigue, je la partage même. Ce qui m’a effaré tout particulièrement c’est la réponse que j’ai eu à un tweet.

    Mon tweet « ce qui est scandaleux c’est l’exploitation de l’homme en general. bergé ne pointe que son extreme ». La réponse « Le sujet du moment c’est la #PMA et la #GPA, le reste je vous laisse lutter contre ». Voilà.

    Tout est dit : on veut bien lutter contre la GPA / PMA parce que ça concerne les autres, mais le reste de l’exploitation du monde, on en profite, alors pourquoi lutter contre ?

    Sur la PMA, je partage toute ton analyse : elle pose d’énorme question liée à la norme sociale de la parentalité, et plus encore de l’engendrement, mais c’est question ne sont pas spécifiques aux couples de femmes.

    Pour le reste, je pense qu’il faut se rendre à l’évidence de la psychologie humaine. Pour une fois qu’on arrive vers un peu plus d’égalité (car relevant uniquement d’une norme juridique et non pas de mesures à mettre en œuvre comme pour le droit au logement), les partisans s’emballent. Parcequ’il y a parfois besoin de ce genre de petite victoire pour continuer.

    Mais oui, la lutte continue. Contre l’emprise sur les terres agricoles, pour les droits des étrangers, pour un commerce plus juste etc. Mais une chose est sûre : lorsque la loi sera adoptée, je ne gâcherai pas mon plaisir. Après tout, si le Christ a lutté contres les exploitations, cela ne l’a pas empêché de faire aussi la fête à Cana….

  3. François, merci pour cet article et le temps donné pour le rédiger. Je partage une partie de votre ressenti. Je suis opposée au projet de loi, ne suis pas homophobe, me bats depuis 20 ans pour construire un monde plus juste et plus fraternel dans les mouvements d’éducation populaire, les associations caritatives, comme parents d’élèves, en politique… J’ai manifesté le 13 janvier et, avec moi, de nombreux amis qui, eux aussi, ne ménagent pas leur peine ni leur temps pour participer à la construction d’un monde plus juste. J’ai aussi prix le temps d’écouter ou de lire des avis contraires au mien pour peu que leur expression soit respectueuse. Et ces avis m’ont fait avancer. Je regrette le déferlement de mauvaise foi et d’insultes, les discours clivants, les caricatures. Et je me sens infiniment triste de voir la France se déchirer.

    • Bonjour et merci.
      Je me suis vu effectivement reprocher d’avoir écrit qu’on pouvait être contre le projet de loi sans être forcément homophobe. Les simplismes seront toujours proférés plus fort que les réflexions de fond.

  4. Pingback: La recherche sur l’embryon et le syndrome du pointeur laser | Les racines du ciel

  5. Très bon article, avec beaucoup de points de vue que je partage.

    Pour avoir entamé des démarches d’adoption, on nous explique rapidement qu’il y a plus de candidats adoptants que d’enfants à adopter (enfant sans handicap, je le reconnais).
    Le but est de trouver une famille à un enfant en demande et non l’inverse, tout le monde n’est pas « capable » psychologiquement de procéder à une adoption (sans porter de jugement de valeur).
    En ce qui concerne les couples homos, les pays ayant le plus d’enfants adoptables (en Asie et en Afrique) refusent leur candidature.

    Au sujet de la PMA, ce n’est le rêve de personne, bien sur que chaque couple préférerait concevoir son enfant de façon plus intime et agréable.
    Les Etats-Unis ont un système de soin de santé commercial, la PMA et la GPA n’y échappent pas. Par contre en France un don de sperme ou d’ovocytes est gratuit.

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